Les maux des mots

Les maux des mots

Il n’est pas toujours facile de poser des mots sur certaines choses. Certains n’y parviennent pas par peur que tout leur échappe. Et comme les éternels indécis ou les plus ambigus mais mystérieux d’entre nous, cela m’arrive encore.

Pendant près d’un an il me fut impossible d’avouer que je portais à nouveau le voile. Pas parce que je ne l’assumais pas, non bien au contraire. En réalité j’avais juste peur que de le dire allait mettre un poids sur mes épaules: un poids que j’avais peur de ne plus pouvoir assumer le lendemain. Le dire allait le rendre « officiel », et ma plus grande peur était qu’après ça, je l’enlève et par là, j’aurais fait deux fois la même plus grosse erreur que j’ai déjà pu faire de ma vie.

Alors me le dire à moi-même ou l’affirmer aux autres, je ne pouvais pas. Principalement parce que je suis ce genre de personne qui aime, dans la plupart des circonstances, savoir à l’avance comment une situation va se terminer: ça me rassure en quelque sorte. Avoir les choses en main, savoir où je vais et comment je dois y aller. Imaginer un itinéraire de route et le suivre. C’est rassurant en quelque sorte dans certaines situations. Or les mots le rendaient concret, voire officiel.

Alors je ne parlais pas, même si certains autour de moi l’avaient remarqué. De mon côté, c’était devenu automatique: impossible de sortir sans depuis des mois et je ne m’en rendais pas compte.

Or tous, nous ne savons pas de quoi est fait demain alors pourquoi se mettre une pression, me diriez-vous. Et vous avez raison.

Il m’a fallu presqu’un an à nouveau pour me dire que ça y est, je l’avais refait. Et la pression que je m’étais mise n’était en réalité que superflue. Une futilité. Comme l’écrivait Joseph Joubert  » Quand on a trop craint ce qui arrive, on finit pas éprouver quelque soulagement lorsque cela est arrivé. « 

J’ai appris avec le temps que je devais lâcher prise encore plus souvent parce que lorsque c’était le cas je vivais des choses mais réellement extra. Je les vivais à vrai dire pleinement. Je me dis qu’en réalité – pour mon cas – ne pas réussir à poser les mots et les exprimer n’était pas un manque de connaissance de ma personne comme on pourrait le penser, mais plutôt l’envie de ne pas faire face à mes sentiments, à ce que je ressentais… Il m’est plus facile de faire face aux choses logiques, concrètes auxquelles je peux trouver une explication par l’apprentissage et rapidement.

Je doutais et doute encore énormément de moi. Et ce doute, je me rends compte, encore plus maintenant qu’avant, m’empêchait de vivre certaines choses entièrement et profondément. De découvrir de nouvelles facettes de ma personnalité. Ensuite par là, de mettre au grand jour des capacités, lesquelles je pensais ne pas détenir. De me découvrir, de faire parfois des erreurs. Mais d’avancer et de grandir. Surtout. Et finir par trouver ce qui m’épanouit. 

Je commence petit à petit à lâcher prise dans tout: les sentiments, les expériences et les actions. Pas totalement mais on y arrive petit à petit. La liberté se vit au fur-et-à mesure alors je ne perds pas espoir. Et je suis plus que reconnaissante envers Dieu qui m’apporte tout cela et me permette de le vivre par l’intermédiaire de Sa religion.

Néanmoins, je pense que le plus dur sera avec les sentiments: j’ai tellement eu l’habitude de me préserver de ce côté-là, de ne pas m’exprimer vraiment par peur d’être réellement blessée, détruite, que l’on utilise cela contre moi, de baisser ma garde une nouvelle fois face à ceux qui ne le méritent pas, devant qui il ne faut pas. Mais comme je ne sais plus qui l’a écrit: les blessures forgent aussi, et parfois la douleur montre qu’on vit pleinement notre vie. Peut-etre que c’est vrai… Puis d’un autre côté, comme disait un autre, passer par cette étape nous rendra encore plus reconnaissante et plus vivante quand on connaîtra le vrai bonheur ! Et je veux basculer mon curseur « méfiance » de ce côté-là.

Et vous, vous arrivez à mettre des mots sur ce que vous vivez ? Vos sentiments ? À lâcher prise ?

May.

4 Commentaires

  1. Diarra
    4 octobre 2019 / 20 h 49 min

    Très beau témoignage,
    Ce n’est pas toujours facile de mettre des mots sur ce qu’on vit..

    • All Zahrah
      Auteur
      6 octobre 2019 / 19 h 22 min

      Oui, ce n’est pas toujours facile, mais on essaie petit à petit 💪🏽

      Merci beaucoup 🌺❤️

  2. Aurore
    7 octobre 2019 / 22 h 18 min

    Très bel article ! Tu es une veritable source d’inspiration !

    • All Zahrah
      Auteur
      8 octobre 2019 / 15 h 08 min

      Une source d’inspiration, c’est beaucoup, et d’ailleurs je suis loin de l’être !
      En tout cas merci pour ton retour, ça me touche 🙏🏽❤️

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